Le bruit nocturne des avions peut provoquer des décès cardiovasculaires

27.11.2020

Pour la première fois, une étude a démontré que les bruits nocturnes de forte intensité causés par les avions pouvaient entraîner des décès cardiovasculaires en l’espace de deux heures. Des chercheurs de l’Institut Tropical et de Santé Publique Suisse (Swiss TPH) et ses partenaires ont comparé les taux de mortalité avec les données d’exposition à des niveaux de bruit nocturne élevés autour de l’aéroport de Zurich entre 2000 et 2015. Les résultats de l’étude ont été publiés aujourd’hui dans l’éminente revue European Heart Journal.

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Selon l’étude, le bruit des avions peut provoquer des décès cardiovasculaires. (Photo: 123RF)

La plupart des études sur le bruit causé par les transports et la mortalité liée aux maladies cardiovasculaires se sont focalisées sur l'exposition au bruit pendant une longue durée. Ces études ont démontré qu'une exposition chronique au bruit constituait un facteur de risque de mortalité des suites de maladies cardiovasculaires. En Europe, 48 000 cas d'ischémie cardiaque par an peuvent être attribués à l'exposition au bruit, en particulier au bruit du trafic routier.

Pour la première fois, une étude menée par des chercheurs du Swiss TPH a révélé que l'exposition à des niveaux élevés de bruit causé par les avions durant la nuit pouvait provoquer des accidents cardiovasculaires fatals dans les deux heures suivant l'exposition. L'étude publiée aujourd'hui dans la revue spécialisée European Heart Journal a montré que le risque de décès des suites d'accidents cardiovasculaires augmentait de 33% en cas d'exposition nocturne à un bruit d'une intensité entre 40 et 50 décibels, et de 44% dans le cas d'une intensité de plus de 55 décibels.

"Nous avons découvert que le bruit des avions était responsable d'environ 800 des 25 000 décès liés à des maladies cardiovasculaires recensés entre 2000 et 2015 dans les environs de l'aéroport de Zurich. Cela représente trois pour cent de la totalité des décès enregistrés, causés par des maladies cardiovasculaires", commente Martin Röösli, auteur-ressource de l'étude et Responsable de l'unité "Environmental Exposures and Health" au Swiss TPH.

Selon Röösli, les résultats sont similaires aux effets que provoquent les émotions telles que la colère ou la joie sur la mortalité liée aux maladies cardiovasculaires. "Cela n'est pas tellement surprenant, car nous savons que le bruit nocturne engendre du stress et nuit au sommeil", ajoute-t-il. L'impact du bruit nocturne était plus fort dans les zones tranquilles peu exposées au bruit causé par le trafic routier et ferroviaire, ainsi que sur les personnes vivant dans des maisons plus anciennes, souvent moins bien isolées et donc, plus exposées au bruit.

A l'aéroport de Zurich, le trafic aérien est interdit entre 23 h 30 et 6 h 00. "Nous pouvons déduire des résultats de notre étude que cette période de suspension des vols pendant la nuit prévient donc le risque d'augmentation des décès dus à des maladies cardiovasculaires", ajoute Röösli.

Conception innovante de l'étude visant à exclure les facteurs de confusion

L'étude croisée a permis d'évaluer si l'exposition au bruit des avions au moment du décès était anormalement élevée comparativement à d'autres périodes temporelles examinées, choisies de manière aléatoire. "Ce type d'étude est très utile pour analyser les effets importants de l'exposition au bruit dont la variabilité quotidienne est élevée, comme le bruit des avions, en fonction des conditions météorologiques changeantes ou des retards des vols", déclare Apolline Saucy, première auteure de l'étude et doctorante au Swiss TPH. "Grâce à cette approche analytique temporelle, nous pouvons isoler des autres facteurs les effets de niveaux de bruit anormalement élevés ou bas sur la mortalité. Les caractéristiques liées au mode de vie, tel le tabagisme ou le suivi d'un régime alimentaire, ne risquent pas de fausser la structure de cette étude."

L'exposition au bruit a été modélisée en établissant une liste de tous les mouvements aériens à l'aéroport de Zurich entre 2000 et 2015, puis en reliant ceux-ci à des calculs préexistants de l'exposition au bruit extérieur des avions, spécifiques au type d'appareil, à l'itinéraire de vol, au moment de la journée et de l'année.

A propos de l'étude

Saucy, A., Schäffer, B., Tangermann, L., Vienneau, D., Wunderli, J. M., Röösli, M. Does nighttime aircraft noise trigger mortality? A case-crossover study on 24,886 cardiovascual deaths. (2020) European Heart Journal. DOI: 10.1093/eurheartj/ehaa957

La recherche a été menée par Swiss TPH en collaboration avec Empa et financée par le Fonds national suisse (subvention no 324730_173330).

Martin Röösli

Martin Röösli, Associate Professor, PhD

Ausserordentliche und assozierte Professorinnen/Professoren (SHIS 512) +41612848383
martin.roosli@swisstph.ch

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