La saison des pollens en Suisse commence plus tôt et est plus intense en raison des changements climatiques

01.04.2021

Mauvaises nouvelles pour les personnes allergiques: ces trois dernières décennies, les températures croissantes ont influé sur l’arrivée, la durée et l’intensité de la saison des pollens en Suisse. Ce sont les résultats d’une étude réalisée par l’Institut Tropical et de Santé Publique Suisse (Swiss TPH) en collaboration avec l’Office fédéral de météorologie et de climatologie (MétéoSuisse). L’étude, publiée hier, 31 mars 2021, dans la revue spécialisée Science of the Total Environment, est l’enquête la plus complète ayant été réalisée à ce jour pour la Suisse sur le pollen face aux changements climatiques.

Climate change increases suffering for people allergic to hazel and other highly allergenic species. (Photo: Swiss TPH)

Le pollen provenant des arbres, des graminées et des plantes herbacées provoque chaque année des allergies saisonnières chez près d’un cinquième de la population suisse. Une étude révèle qu’en raison des changements climatiques, le début, la durée et l’intensité de la saison des pollens ont sensiblement changé au cours des 30 dernières années. « Pour au moins quatre espèces allergènes, la saison du pollen des arbres commence désormais plus tôt qu’il y a 30 ans – parfois même avant le mois de janvier », commente Marloes Eeftens, principal chercheur et chef de groupe au Swiss TPH. « La durée et l’intensité de la saison des pollens ont également augmenté pour plusieurs espèces, ce qui signifie que non seulement les personnes allergiques souffrent plus longtemps, mais leurs réactions à ces concentrations plus élevées sont également plus vives.»

Les chercheurs ont analysé les données relatives aux pollens, recueillies entre 1990 et 2020 dans les 14 stations de suivi présentes en Suisse, et étudié les concentrations de pollen de 12 espèces de plantes différentes. « Les études précédentes se sont concentrées sur une seule espèce ou sur un petit nombre de sites. C’est la première fois qu’une étude rassemble des données complètes sur les pollens en Suisse », commente Sarah Glick, première auteure de l’étude et collaboratrice scientifique au Swiss TPH. 

L’impact sur la santé ne se limite pas aux éternuements

Les allergies au pollen constituent la maladie chronique la plus courante dans de nombreux pays européens et d’Amérique du Nord. Aujourd’hui, on estime que 20% de la population suisse souffre d’allergies au pollen, une augmentation considérable depuis 100 ans, lorsque moins de 1% de la population était touchée. [1] Cette augmentation est très probablement liée à l’évolution de notre environnement, telles l’hygiène personnelle et les migrations vers les villes au détriment de la vie rurale. [2] Outre les démangeaisons typiques des yeux et du nez et les éternuements fréquents, les allergies au pollen peuvent également provoquer une inflammation des poumons et entraîner des conséquences négatives sur le système cardiovasculaire, réduire la qualité de vie ainsi que les performances scolaires et professionnelles.

« Semblable aux polluants de l’air fabriqués par l’homme comme les particules ou le dioxyde d’azote, le pollen pourrait en fait avoir des effets négatifs sur notre organisme bien plus sévères qu’un simple désagrément », explique Eeftens. « Au vu de l’étendue de la population touchée et du problème croissant que cela représente, il est indispensable que nous poursuivions l’étude des effets du pollen sur la santé, à la fois immédiats et sur le plus long terme. » Le Swiss TPH vient de lancer l’étude EPOCHAL visant à approfondir la compréhension des nombreux effets du pollen sur la santé, notamment sur la pression sanguine, les fonctions respiratoires, les capacités de concentration, l’humeur et le sommeil (voir l’encadré ci-dessous).

« Nous ne pouvons pas faire grand-chose pour empêcher les plantes de libérer du pollen, mais nous espérons que les résultats de l’étude pourront aider les personnes allergiques à mieux gérer leurs allergies », déclare Eeftens. « Une meilleure compréhension des espèces allergènes pourrait également aider les urbanistes à identifier les plantes les plus appropriées pour peupler les parcs. Par exemple, nous pourrions y réfléchir à deux fois avant de planter des arbres hautement allergènes comme le noisetier et le bouleau dans les endroits à forte densité de population. »

A propos de l’étude

S. Glick, R. Gehrig, M. Eeftens (2021): Multi-decade changes in pollen season onset, duration, and intensity: a concern for public health? Science of the Total Environment. www.doi.org/10.1016/j.scitotenv.2021.146382

Cette recherche a été financée par le Fonds national suisse (FNS), subvention no 185864. Ce projet a également bénéficié d’un financement du Conseil européen de la recherche (ERC) dans le cadre du programme Horizon 2020 de l’Union européenne en matière de recherche et d’innovation (convention de subvention no 853568).

L’étude EPOCHAL recherche des candidats

L’étude EPOCHAL se donne pour tâche de découvrir de quelle manière le pollen des arbres, des graminées et des plantes herbacées influe sur les différents systèmes organiques, notamment le cœur, les poumons et le cerveau.

Pour son étude, le Swiss TPH recherche des candidats âgés de 18 à 65 ans vivant en Suisse et résidant à 40 minutes maximum de Bâle-Ville en transports publics. Nous recrutons des personnes qui ont des symptômes allergiques légers, modérés ou sévères ainsi que des personnes sans aucune allergie au pollen.

Pour plus d’informations et pour participer, veuillez consulter ce site Internet: www.swisstph.ch/epochal

[1] link.springer.com/article/10.1007/s00484-008-0178-zhttps://link.springer.com/article/10.1007/s00484-008-0178-z (référence pour 1926), www.aha.ch/centre-allergie-suisse/allergies-intolerances/allergie-pollinique/allergie-pollinique-rhume-des-foins?lang=fr (référence pour aujourd’hui).

[2] https://science.sciencemag.org/content/296/5567/490/tab-pdf

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