Elimination à l’horizon: la prévalence de la schistosomiase, une maladie tropicale négligée, diminue de près de 60%

03.12.2021

Dans une nouvelle étude menée par l’Institut Tropical et de Santé Publique Suisse (Swiss TPH), les chercheurs ont établi que la prévalence de la schistosomiase chez les enfants d’âge scolaire a diminué de près de 60% entre 2000 et 2019 du fait de l’administration de médicaments à grande échelle et du développement social et économique du continent africain. Les constats laissent espérer l’élimination de cette maladie tropicale négligée majeure. L’étude a été publiée hier dans le journal The Lancet Infectious Diseases.

Si les décideurs politiques, l’OMS et les programmes nationaux intensifient leurs efforts en matière de contrôle de la maladie, la schistosomiase pourra être éliminée en tant que problème de santé publique. Crédit photo: Thomas Schuppisser.

La schistosomiase est une maladie provoquée par des vers parasites, qui constitue encore aujourd’hui un problème de santé publique majeur, en particulier en Afrique subsaharienne. Au cours des 20 dernières années, les efforts de contrôle de cette maladie tropicale négligée (MTN) se sont intensifiés, notamment avec l’administration en masse du médicament praziquantel comme intervention principale.

Dans une nouvelle étude menée par l’Institut Tropical et de Santé Publique Suisse (Swiss TPH), les chercheurs ont évalué l’impact de l’administration de médicaments en masse sur la propagation de la schistosomiase au fil du temps et constaté que la prévalence de la schistosomiase en Afrique subsaharienne avait diminué de 58,3% chez les enfants d’âge scolaire entre 2000 et 2019. L’étude a été publiée hier dans The Lancet Infectious Diseases.

«La diminution de la prévalence de la schistosomiase est liée à l’intensification de l’administration de médicaments en masse au cours des 15 dernières années, ainsi qu’à des facteurs tels que le développement économique et social du continent africain, incluant un meilleur accès à l’eau potable et à l’assainissement», a déclaré Penelope Vounatsou, responsable de l’unité Biostatistique du Swiss TPH. «Ces constats nous encouragent à penser que nous sommes sur la bonne voie pour éliminer cette MTN en tant que problème de santé publique.»

De nouveaux résultats utilisant la modélisation mathématique

L’étude a analysé des données d’enquête transversales sur les enfants d’âge scolaire (entre 5 et 14 ans) dans 44 pays d’Afrique subsaharienne. Des modèles géostatistiques bayésiens ont été utilisés avec les données sur le Schistosoma haematobium et le S. mansoni à trois périodes différentes (2000-2010, 2011-2014 et 2015-2019) en utilisant des données extraites de la base de données du Réseau mondial des maladies tropicales négligées (Global Neglected Tropical Diseases, GNTD) et des données d’enquêtes nationales récentes, fournies par les programmes de contrôle des maladies et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

«Nos prévisions fondées sur des modèles confirment que la schistosomiase a considérablement diminué et que plusieurs pays pourraient déjà être en mesure d’envisager des stratégies d’élimination», a déclaré Penelope Vounatsou. «Ce résultat prometteur indique qu’il est possible d’éliminer la schistosomiase en tant que problème de santé publique, dès lors que les décideurs politiques, l’OMS et les programmes nationaux continuent d’intensifier leurs efforts de contrôle de la maladie.»

En plus d’analyser la prévalence, les chercheurs ont également actualisé les estimations de la prévalence, du nombre d’enfants d’âge scolaire infectés et les besoins en matière de traitement de la schistosomiase en Afrique subsaharienne afin de les aligner avec la feuille de route de l’OMS et de fixer des objectifs pour 2020 et 2030

«La recherche aidera les décideurs politiques à planifier leurs futures stratégies de contrôle de la schistosomiase en fonction des tendances de la prévalence des dernières années», a précisé Penelope Vounatsou. «Nous sommes fiers de fournir une mesure d’évaluation du programme en utilisant la prévalence estimée avant, pendant et après l’intensification majeure de l’administration de médicaments en masse, ainsi que des données probantes sur l’impact des facteurs socio-économiques et environnementaux futurs qui devraient être prise en compte pour les projets de contrôle.»

La nécessité d’un partenariat continu 

Depuis 14 ans, le praziquantel a été rendu disponible par Merck en quantités croissantes. Aujourd'hui, en partenariat avec l'OMS et les ministères de la santé, jusqu'à 250 millions de comprimés sont fournis gratuitement chaque année.

«Il a été excellent de constater les contributions des donateurs, des partenaires de mise en œuvre et de Merck pour le médicament, et un soutien continu et des interventions ciblées sont nécessaires pour maintenir la tendance et éliminer la maladie en tant que problème de santé publique tel que défini par la nouvelle feuille de route 2021-2030 relative aux MTN», a indiqué Amadou Garba Djirmay, spécialiste scientifique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «Le praziquantel a été ciblé sur les enfants d’âge scolaire, et l’accès limité au médicament pour les populations adultes à risque et les enfants d’âge préscolaire demeure un enjeu essentiel pour intensifier encore les efforts de contrôle.»

«La communauté MTN mondiale a réalisé des progrès considérables pour lutter contre la schistosomiase et d’autres maladies infectieuses liées à la pauvreté», a déclaré Jürg Utzinger, directeur du Swiss TPH. «Un partenariat solide, un déparasitage à grande échelle, un développement social et économique constant, des stratégies d'éducation et de communication et un meilleur accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène faciliteront la poursuite de la diminution de la schistosomiase et nous permettront de travailler vers l'objectif ultime de l'élimination de la maladie.»

Centre collaborateur de l’OMS pour l’épidémiologie et le contrôle des helminthiases

En 2014, l’OMS a désigné le Swiss TPH comme centre collaborateur pour l’épidémiologie et le contrôle des helminthiases. Le travail que le Swiss TPH poursuit au titre du centre collaborateur

de l’OMS comprend l’enseignement et la formation, la cartographie des zones à risque, l’évaluation des outils de diagnostic existants et le développement de nouveaux outils de diagnostic, le dépistage de nouvelles substances pour leur efficacité et leur sûreté contre les vers parasites et le soutien aux pays dans la mise en place de leurs programmes de contrôle.

Consortium pour une formulation pédiatrique du praziquantel

Le Consortium pour une formulation pédiatrique du praziquantel est un partenariat public-privé international dirigé par Merck qui se consacre au développement d’un médicament pédiatrique pour traiter la schistosomiase chez les enfants d’âge préscolaire. Le Swiss TPH contribue au consortium grâce à sa vaste expérience dans la recherche biologique et pharmaceutique sur les helminthes, l’épidémiologie et la recherche clinique dans les régions endémiques et l’accès au nouveau traitement.

A propos de l’étude

L’étude a été menée par l’Institut Tropical et de Santé Publique Suisse (Swiss TPH), en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Université de Bâle, plusieurs programmes nationaux de contrôle des MTN en Afrique et d’autres partenaires. La recherche a été financée par le Conseil européen de la recherche (CER) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). 

Kokaliaris, C. et al. (2021). Effect of preventive chemotherapy with praziquantel on schistosomiasis among school-aged children in sub-Saharan Africa: a spatiotemporal modelling study. The Lancet Infectious Diseases.

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