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La pollution atmosphérique et le bruit augmentent le risque de crise cardiaque

24.10.2018

La pollution atmosphérique et le bruit des transports sont tous deux associés à un risque accru de crise cardiaque. Les études sur la pollution atmosphérique qui ne prennent pas en compte le bruit des transports tendent à surestimer l’effet de la pollution atmosphérique sur la santé cardiovasculaire. C’est ce qu’indiquent les résultats d’une étude menée par l’Institut Tropical et de Santé Publique Suisse, publiée aujourd’hui dans le European Heart Journal.

Toute étude examinant l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé devrait prendre en compte le bruit des transports. (Photo: Jana Sönksen/Swiss TPH)

En règle générale, lorsque la pollution atmosphérique est élevée, le niveau de bruit des transports l'est aussi. La pollution atmosphérique n'est pas seule à avoir un impact négatif sur la santé. Comme l'ont démontré des études antérieures, le bruit des circulations aérienne, ferroviaire et routière augmente lui aussi le risque de maladies cardiovasculaires et de diabète. Les études analysant l'effet de la pollution atmosphérique sans prendre suffisamment en compte les répercussions du bruit sur la santé risquent de surestimer l'effet à long terme de la pollution atmosphérique. C'est ce qu'indiquent les résultats d'une étude approfondie menée par l'Institut Tropical et de Santé Publique Suisse (Swiss TPH), qui a été publiée aujourd'hui dans la revue European Heart Journal.

L'étude a examiné les effets combinés de la pollution atmosphérique et du bruit des circulations aérienne, ferroviaire et routière sur la mortalité due aux crises cardiaques, en tenant compte de tous les décès survenus en Suisse entre 2000 et 2008. Les analyses incluant uniquement les particules fines (PM2.5) suggèrent que le risque de crise cardiaque s'accroît de 5,2% pour chaque augmentation de 10 µg/m³ de la concentration moyenne au domicile. Les études tenant également compte du bruit des transports, révèlent qu'en réalité, l'augmentation du risque de crise cardiaque imputable aux particules fines est nettement moins élevée: 1,9% pour chaque augmentation de 10 µg/m³. Ces observations indiquent que les effets négatifs de la pollution atmosphérique ont probablement été surestimés dans les études ayant omis de tenir compte également de l'exposition au bruit.

"Notre étude a montré que le bruit des transports accroît le risque de crise cardiaque de 2,0 à 3,4% à chaque fois que le niveau moyen de pression acoustique à domicile augmente 10 décibels", dit Martin Röösli, directeur de l'unité "Expositions environnementales et santé" à Swiss TPH et auteur principal de l'étude publiée. "Il a été frappant de constater que les effets du bruit étaient indépendants de l'exposition à la pollution atmosphérique."

Les effets du bruit et de la pollution atmosphérique sont cumulatifs

L'étude a également révélé que les personnes exposées à la fois à la pollution atmosphérique et au bruit étaient les plus exposées au risque de crise cardiaque. Les effets de la pollution atmosphérique et du bruit sont donc cumulatifs. "Les débats publics se concentrent souvent sur les effets négatifs qu'ont sur la santé soit la pollution atmosphérique, soit le bruit; mais ils n'examinent pas leur impact combiné", dit Röösli. "Notre étude suggère que les deux types d'expositions doivent être examinées en même temps." Cette découverte a une incidence à la fois sur la politique et sur la recherche à venir. Afin d'éviter que les effets négatifs de la pollution atmosphérique sur le système cardiovasculaire ne soient surestimés à l'avenir, Röösli et ses co-chercheurs recommandent donc d'inclure l'exposition au bruit des transports dans toute recherche future en rapport avec la pollution atmosphérique et la santé.

Des données couvrant l'ensemble de la Suisse

L'étude incluait tous les décès (19 261) enregistrés dans l'ensemble de la Suisse durant la période allant de 2000 à 2008. La pollution atmosphérique (PM2,5) a été modélisée à partir de données satellites et géographiques calibrées au moyen de mesures de pollution atmosphérique provenant de 99 stations de mesures dans toute la Suisse. Les dioxydes d'azote (NO2) ont également été modélisés à partir de 9469 mesures d'échantillonnages passifs bihebdomadaires, collectées entre 2000 et 2008 sur 1834 sites en Suisse. Le bruit des transports a été modélisé par des modèles éprouvés de propagation du bruit (sonRoad, sonRAIL et FLULA 2) développés par Empa et n-Sphere. Les modèles de pollution atmosphérique et de bruit des transports ont été appliqués à l'adresse de chacun des 4,4 millions de citoyens adultes suisses (âgés de 30 ans et plus).

A propos de l'étude

Héritier H et al. A systematic analysis of mutual effects of transportation noise and air pollution exposure on myocardial infarction mortality: a nationwide cohort study in Switzerland. (Une analyse systématique des effets cumulés de l'exposition au bruit des transports et à la pollution atmosphérique sur la mortalité due à l'infarctus du myocarde: une étude de cohorte à l'échelle de la Suisse.) (2018) European Heart Journal, ehy650, https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehy650

Cette étude a été financée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) et l'Office fédéral suisse de l'environnement (OFEV). Elle a été menée dans le cadre de SiRENE (effets à court et à long terme de l'exposition au bruit routier), un projet de recherche interdisciplinaire qui combine les expériences menées en laboratoire du sommeil avec le développement épidémiologique, les données issues de sondages et les calculs et modélisations acoustiques.